Point de vue du Saint-Siège sur le clonage humain
1. Le Saint-Siège soutient fermement les avancées des sciences dans le domaine de la biologie humaine et il approuve l’obtention de cellules souches humaines, dans la mesure où elles ne sont pas récoltées par destruction d'embryons vivants, c'est-à-dire lorsqu’il s’agit de cellules appelées cellules souches «adultes». Il soutient aussi l’utilisation pour la recherche ou à des fins thérapeutiques de ces cellules souches «adultes», et de tout élément qui en serait issu, à condition qu’une telle utilisation soit faite d'une façon qui n'offense pas la dignité humaine et, dans les cas où elle serait appliquée cliniquement, à condition qu'elle respecte le principe du consentement plein et éclairé. L’obtention des cellules souches «adultes», leur utilisation pour la recherche et pour des thérapies potentielles répondent, en principe, à ces critères moraux et, autant qu’on puisse le savoir, ces cellules sont porteuses d’une grande promesse dans le domaine scientifique.
2. La différence entre le clonage «reproductif» et le clonage «pour la recherche» (appelé aussi «clonage thérapeutique») consiste seulement dans le but du procédé: par le clonage «reproductif», on veut développer un enfant en implantant un embryon cloné dans un utérus. Par le clonage «pour la recherche», on veut utiliser l'embryon cloné dans une perspective où, en dernier ressort, ce dernier sera détruit. Bannir seulement le clonage «reproductif», sans interdire le clonage «pour la recherche», permettrait de produire des vies humaines individuelles dans l’intention de les détruire dans le cadre d'un protocole de leur utilisation pour la recherche scientifique. Dans ses tous premiers stades, l'embryon humain, avant son implantation dans l'utérus, n'en est pas moins un individu humain, animé d'une vie humaine, qui évolue comme un organisme autonome vers son plein développement de fœtus humain. Détruire cet embryon est donc un grave désordre moral, car il s'agit de la suppression délibérée d'un être humain innocent.
3. Le Saint-Siège affirme que ces formes de reproduction artificielle asexuée et sans gamètes pour créer des embryons humains offensent gravement la dignité de la race humaine et la dignité de la vie humaine. On ne doit jamais faire le mal en vue de parvenir à un bien. Quand, dans un effort de faire progresser les sciences sur l’homme et d’aider les êtres humains qui en ont besoin, on se trouve face à un choix entre des moyens auxquels on ne peut rien reprocher, comme l’obtention de cellules souches «adultes», et des moyens qui sont universellement reconnus comme soulevant de profondes questions éthiques, tels que le clonage «pour la recherche», la prudence dicte de choisir seulement les moyens auxquels on ne peut rien reprocher. En définitive, même les personnes qui ne partagent pas le point de vue selon lequel l’embryon humain cloné a une pleine dignité humaine devraient cependant être opposés à toute forme de clonage d’embryons humains.
4. Le Saint-Siège est d’avis que toute tentative de limiter une interdiction du clonage humain à celui qui serait effectué à des fins reproductives serait pratiquement impossible à respecter, car les embryons humains clonés à des fins de recherche seraient largement disponibles et pourraient être conduits jusqu’à la naissance simplement par transfert dans un utérus, utilisant les procédures employées pour la procréation médicalement assistée. Puisque le clonage humain reproductif est universellement condamné, seule une interdiction absolue de toutes les formes de clonage d’embryons humains pourrait permettre de parvenir au but: interdire le clonage humain reproductif.
5. En outre, si le clonage pour la recherche est autorisé, il faudrait, pour qu’il soit réalisable, disposer d’un grand nombre d’ovocytes humains. Le Saint-Siège exprime son inquiétude devant une telle perspective pour plusieurs raisons. En tout premier lieu, le procédé utiliserait le corps des comme un réservoir d’ovocytes sans aucune considération en ce qui concerne le nombre de dons et l’avenir procréatif des . En second lieu, la demande importante d’ovocytes humains aurait des conséquences disproportionnées sur les pauvres et les marginaux du monde, entraînant de nouvelles formes d’injustice et de discrimination dans l’existence.
6. Le clonage humain encouragerait le développement du commerce d’embryons humains clonés et des produits dérivés pour la recherche scientifique ou à des fins de recherche et développement industriels. On devrait donc mettre en vigueur une interdiction explicite de tels échanges, qu'ils soient de nature commerciale ou non. Aucun droit de propriété intellectuelle ne devrait être accordé aux informations ou aux technologies concernant le clonage humain.
7. Le Saint-Siège demande une interdiction totale et explicite de toutes les techniques en vue de créer de nouveaux embryons humains individuels par clonage, y compris par transfert de noyaux de cellules somatiques, par division d’embryons ou par toute autre technique similaire qui pourrait voir le jour dans l’avenir. Une telle interdiction doit aussi inclure la parthénogenèse et la création «d’embryons-chimères» humain-animal par transfert de noyau.
17 juillet 2003
